Do you want a cup of tea, daalin~ ?

Do you want a cup of tea, daalin~ ?
Cher lecteur,

Asseyez-vous confortablement. Vous prendrez bien une tasse de thé, n'est-ce pas ?

N'espérez pas que je vous avoue mes secrets ou que je déclare que je déteste cette personne. Non.

Je parlerai beaucoup en ne disant presque rien de moi.

Soyez indulgent.

Du sucre ?
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# Posté le jeudi 15 mai 2008 17:59

Shinjitsu no Kao

Shinjitsu no Kao
Shinjutsu no Kao

Leur faute était impardonnable.

Ils le savaient.

Et pourtant, la Raison ne savait empêcher leur c½ur de prendre leur corps.
Doucement, tendrement, amoureusement...
Encore et encore...

Ses mains qu'elle avait tant désirées sentir caresser sa peau satinée...
Elles la touchaient, la caressaient, la rendaient moite.
Ce regard éperdu d'amour et fou d'envie qu'elle avait ardemment souhaité...
Elle s'y noyait fébrilement, la volonté trop faible pour l'inciter à nager et à s'enfuir.
Ces mots lourds de sens qu'il avait imaginé mille et une fois dans ses rêves éveillés...
Elle les murmurait en litanies, les gémissait délicatement, les répétait une fois encore.
Ce corps ondulant sous lui, dansant de manière si charnelle auquel il aspirait tant...
Il le sentait sous lui, le voyait se cambrer et se déhancher, abandonné au plaisir qui l'envahissait.

Ils auraient pour fardeau le poids de leur pécher à supporter jusqu'à ce jour fatal du jugement dernier où Dieu les bannirait de son royaume bienheureux de lait et de miel et les enverrait, du revers de la main, non repentants et désireux de n'être qu'un une fois de plus, dans son infinie miséricorde qui ne pardonnait pas qu'un frère et un s½ur puissent s'aimer comme un homme et son épouse, brûler dans le royaume de Lucifer au même point qu'ils s'embrasaient de désir l'un pour l'autre.

Ses pleurs coupables s'entremêlaient à son plus profond plaisir...
Elle se savait condamnée mais ne savait arrêter.
Ses gémissements coupables s'entremêlaient à ses remords lancinants...
Elle ne savait comment vouloir arrêter.

Sur elle, sans s'arrêter d'aller et venir, il l'embrassait furieusement...
Il avait trop attendu ce moment pour se retenir davantage.
Sur elle, il se savait aussi innocent qu'elle pouvait l'être...
Il acceptait la fatalité qui lui était incombée, si seulement il pouvait toucher sa peau...

S'il pouvait l'aimer...
S'il pouvait la caresser...
S'il pouvait l'aimer...
S'il pouvait la prendre...
S'il pouvait être son homme, aucune horreur ne saurait l'effrayer.

La faible lueur des rayons de lune teintait son corps des couleurs sombres des vitraux...
Depuis longtemps, la chandelle n'était plus complice de leur vice...
Lâchement, elle les avait abandonnée, peut-être par peur d'être souillée...

Devant l'autel sacré, ils s'étaient mutuellement dit : « Oui, je le veux » avant de s'abandonner au pécher originel...

Ses mains qu'elle avait tant désirées sentir caresser sa peau satinée...
Elles la touchaient, la caressaient, la rendaient moite.
Ce regard éperdu d'amour et fou d'envie qu'elle avait ardemment souhaité...
Elle s'y noyait fébrilement, la volonté trop faible pour l'inciter à nager et à s'enfuir.
Ces mots lourds de sens qu'il avait imaginé mille et une fois dans ses rêves éveillés...
Elle les murmurait en litanies, les gémissait délicatement, les répétait une fois encore.
Ce corps ondulant sous lui, dansant de manière si charnelle auquel il aspirait tant...
Il le sentait sous lui, le voyait se cambrer et se déhancher, abandonné au plaisir qui l'envahissait...
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# Posté le jeudi 15 mai 2008 18:02

Modifié le jeudi 15 mai 2008 18:12

Wonderland : Injection.

Wonderland : Injection.
Wonderland : Injection

Il était une fois, dans une ville et une époque lointaine, une jeune fille dénommée Alice. Alice vivait dans une grande maison luxueuse. Alice était la fille unique d'une riche famille. Malheureusement, Alice était malade ! Sa maladie n'ayant aucun traitement curatif, Alice devrait passer toute sa vie, ainsi affectée. Ses parents s'en désolaient, tout comme les médecins et les spécialistes...

Puis, un beau jour, les parents d'Alice, n'en pouvant plus de ses problèmes mentaux, de ses crises de personnalités multiples et de sa paranoïa, décidèrent de la placer sous la tutelle d'un centre de recherches scientifiques. Un médicament à sa maladie était en voie de développement et peut-être pourrait-il la guérir, si Alice le testait. Alors, Alice y alla...

Installée inconfortablement dans une chaise qui lui retenait les poignets, les chevilles, le cou, Alice servit de cobaye aux scientifiques. Sans avoir injecté le produit sur des animaux auparavant – les manifestations contre de telles façons de faire en avaient interdit l'usage –, le casque fut mit sur la tête d'Alice. Des centaines de micro-aiguilles s'enfoncèrent ainsi dans sa tête, la solution entra dans son organisme. Opération Wonderland en cours ! Alice, secouée de spasme, hurla de douleur devant les sensations, de terreur devant les images et les sons qui la traversaient. De cette façon, Alice s'évanouit...

Il ne restait qu'aux scientifiques que l'attente. L'attente malsaine du plaisir à voir Alice ainsi offerte à leur appétit vorace de gloire s'en sortir. Peut-être. Ou peut-être pas. Mais en tous les cas, victime de ses démons et des croyances de sa personnalité...
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# Posté le jeudi 15 mai 2008 18:04

Modifié le jeudi 15 mai 2008 18:15

Kowareta Sekai

Kowareta Sekai
Kowareta Sekai


Les dernières retouches à son maquillage, lentes et précautionneuses, caressaient ses joues d'une pâleur naturellement fantomatique. La blancheur de sa peau, un blanc légèrement rosée de vie, avait toujours fait exclamer les gens d'éloges à l'égard de la demoiselle. On l'avait si souvent comparée à de la porcelaine, mais elle ne paraissait pas encore assez blanche pour Lui, semblait-il... Ses efforts interminables pour la protéger, trésor aristocratique par excellence, se lassaient devant le spectacle de si peu de cas. Depuis sa plus tendre enfance, Meredith évitait le soleil. Il n'aurait pas été convenable que sa peau se teinte de la couleur mate des paysannes à la cuisse légère. Que penseraient les hommes à son sujet si un tel tableau d'elle s'était brossé ?

Le blanc avait toujours mieux sied à la noblesse. Symbole de leur richesse et de l'asservissement de leurs serfs qui besognaient sans relâche pour eux, à cause d'eux, un noble bronzé était perçu comme une honte. Les mauvaises langues s'agitaient à leur vue, déversant des flots de rumeurs d'une fortune désormais évanouie. Meredith fut donc élevée cloîtrée dans les ténèbres des manoirs d'aristocrates à qui elle ressemblait si peu. Parfois, souvent même, elle cédait désespérément à la tentation de se cacher dans les méandres de Notre-Dame pour s'y noyer dans les prières mystiques. Les ecclésiastiques la félicitaient d'une nature si pieuse, alors qu'elle aurait pu sombrer si facilement dans le libertinage, un vice infâme qui se transmettait rapidement dans les milieux des grands. La peur de compromettre son âme l'effrayait trop pour qu'elle cède à ces envies qui, parfois, venaient la surprendre au milieu de la nuit ou en présences de quelques hommes aux talents réputés.

La demoiselle plissa les yeux et ne put s'empêcher de frotter son nez du revers de la main rapidement, étouffant un éternuement dû à la poudre sur son visage. Johann fronça les sourcils. Ce geste venait de couper les lèvres de la noble, les réduisant sur la longueur. L'effet n'était pas nécessairement raté. Un certain charme se dégageait de ces lèvres rondelettes trop courtes. Quelques correctifs à appliquer et voilà, le tour était joué ! Meredith, dans sa robe de velours noir parsemée de riches dentelles blanches et de perles ancrées à des rubans pourpres, se tenait assise sur une inconfortable chaise depuis plusieurs heures déjà. Le tic tac incessant des horloges l'irritait. L'artisan lui avait répondu à ce sujet, poliment, que la demoiselle devrait endurer ce ''détestable bruit constant qui l'ennuyait terriblement'' ou qu'elle avait le choix de quitter l'atelier. Il ne l'avait pas fait quérir : elle était venue d'elle-même connaissant parfaitement le bruit qui emplissait l'endroit.

Soupirs. De mécontentement boudeur à un caprice non exaucé. De lassitude qui l'envahissait. De tristesse d'être si incomprise par Lui. Elle resta et décida de se concentrer plutôt sur les saphirs brillants des yeux de Johann, puis sur ses longs cheveux d'un brun foncé. Ou bien sur les poils pendant à son menton, ou bien sur les mèches qui avaient fui, indomptables, le ruban effilé qui retenait ses cheveux, ou encore sur sa peau mate d'artisan ouvrier ne craignant par le labeur et le soleil. Les yeux de Meredith poursuivirent leur course jusqu'à sa main, l'observant interminablement. Cette blancheur de neige qu'elle affectionnait tant contrastait particulièrement avec la peau chaude de l'être qu'elle aimait.

Elle inspira. Elle voulut parler, hésitante sur les mots à choisir mais Johann lui intima le silence. Tout bas mais toutefois de manière autoritaire, sa voix avait roulé sensuellement aux oreilles de la demoiselle. Il nettoyait ses pinceaux enduits d'un noir d'encre et d'incarnat rayonnant. Le rouge carmin donnait un effet délicieux à ses lèvres, rehaussé d'un petit point de rouge passion en leur centre. Ces lèvres de bouton de rose perdu dans une froide vallée enneigée à l'air mélancolique étaient ensorcelantes. Il voulut s'y permettre une caresse du pouce mais le souvenir d'une peinture encore fraîche l'en arrêta.

Un coucou, suivi de trois ou quatre de ses semblables, s'envola hors de son nid de bois pour crier la venue de la nouvelle heure. Meredith ferma les yeux. Le son produit était singulièrement agaçant. Lorsqu'elle les rouvrit, son artisan s'activait, manches relevées, à fabriquer une concoction étrange, sorcellerie anachronique à cette époque de rationalité bouillonnante. Il s'avérait impossible que quelque gorgée d'une mixture, aussi incongrue soit-elle, puisse la rendre immortelle. Comment cela se pourrait-il ? N'importe quel docteur ou homme de religion vous le dirait !

La figer dans l'éternité, en tant que poupée de porcelaine magnifique, serait une opération malheureusement impossible à réaliser. Néanmoins, cet essai aboutirait peut-être à un lien spécial entre eux. À les rapprocher puis, si Dieu le permettait, à lui faire partager ses rêves d'amour à lui qui n'aimait que ses ½uvres de bois et de rubans. N'aimant que ses beautés artificielles et lointaines. Les seules femmes ne l'ayant jamais aguiché étaient toutes des poupées. Se méfier de leurs jeux d'amour hypocrites, il n'avait pas à faire. Cette certitude le comblait suffisamment pour le tenir éloigné des vraies femmes, celles qui complotaient, celles qui mentaient et celles qui trichaient. Celles qui perdaient les hommes aveugles, ensorceleuses. Il avait appris à se tenir loin de ces pécheresses originelles généralement aussi cruelles que leur beauté.

Pourtant, Meredith était celle qui en mesurait les impacts et qui en souffrait, profondément amoureuse d'un homme qui faisait si peu de cas de l'amour. L'Amour. Ce sentiment si magique que les artistes célébrait depuis toujours...

Elle s'était déclarée à lui il y avait déjà un bon moment. Égal à lui-même, il avait remercié ses sentiments en avouant malencontreusement ne pas les partager et de ne pas espérer que cela se fasse un jour, que ce ne serait qu'un futile espoir à entretenir qui la torturerait inutilement. Qu'il fallait l'oublier maintenant, son âme étant à jamais solitaire. Que c'était par choix et que si elle l'aimait réellement, elle respecterait ce choix, peu importe combien blessant il pouvait être. Elle le respectait, l'aimait, l'adorait, le convoitait, mais en souffrait silencieusement sans pouvoir donner de suites à ses fantasmes. Aussi, ce moment qui se déroulait était-il pour lui, une offrande offerte de tout c½ur de la part de Meredith.

Pour lui, ce moment n'était rien d'important au point de vue de la noble demoiselle. L'excitation le rongeait intérieurement, mais il se gardait bien de la laisser passer à la surface. Sinon, l'éconduite s'imaginerait que cette agitation était due à elle, à sa personne, à sa proximité, ce qui était faux. Sa joie qui s'exclamait tout bas était plutôt d'ordre scientifique et métaphysique. Elle n'était pas son premier cobaye. Par contre, Meredith était de loin plus belle et proche de son idéal féminin que les autres ayant passé d'un état de mortel à celui d'immortel. Ses cheveux bouclés tendus en de longues boucles anglaises d'un blond doré, ses yeux célestes, ses lèvres parfaites, la forme de son visage doux, la perfection de neige de sa peau... Elle avait tout pour être l'Alice, l'idéal de perfection féminine qu'il recherchait tant. Surtout ainsi vêtue de richesses et d'apparats de sa préférence personnelle... Il aurait pu l'aimer, si seulement elle n'avait pas été comme Elles : si elle n'était pas née humaine.

Vivement, Meredith porta une main devant sa bouche et toussota. Au plus le temps glissait, au plus sa respiration se faisait pénible. Tout en elle semblait vouloir se comprimer. Johann ne paraissait pas s'en apercevoir, occupé à l'étudier en tant que poupée de porcelaine inanimée. Quel était le détail qui ferait d'elle une ½uvre merveilleuse, un de ses chef-d'½uvres révérés ? Ses boucles blondes étaient parfaites. Il n'y avait rien à plaindre au sujet de la pâleur magnifique de sa peau ou de l'incarnat de ses lèvres virginales. Jamais un homme ne les avait souillé en posant ses lèvres grossières sur celles de la pure Meredith et rien d'obscène n'avait pu essayer de les toucher davantage. D'une splendeur particulière, ses vêtements ne faisaient qu'accroître le charme poupelin de la demoiselle. Autant pour ses petits souliers à talon, bien cirés et exempt de la moindre trace de terre. L'artisan les avait précieusement nettoyés.

Cependant, l'impression dérangeante qu'il manquait quelque chose refusait de le quitter. L'homme sentait l'exaspération s'approcher de lui, menaçant de l'envahir sans tarder. Pourquoi, lui si rompu à ce genre de choses, ne savait pas, tel un débutant, réussir à confectionner l'½uvre parfaite ? Il continuait à la regarder sans la voir, trop occupé à se débattre dans ses pensées.

Ayant préféré un mouchoir à sa main gantée, Meredith eut une seconde quinte de toux avant d'oser prendre la parole :

« Pardonnez-moi, mon cher et bel ami... »

Il leva la main, lui intimant l'ordre de se taire. Toutefois, l'artiste reprit conscience du caractère humain de sa poupée et comprit aussitôt ce qu'elle voulait dire. L'opération était commencée, irrémédiablement. Il n'y avait plus moyen de changer le destin qui s'opérerait. L'artisan ne sentait aucun remords à ce qui suivrait puisqu'il s'était soumis à l'ordre de la noble demoiselle.

« Votre respiration doit se ralentir et être plus laborieuse, n'est-ce pas ? »

Ce à quoi Meredith se contenta d'acquiescer, de peur de le froisser en prenant la parole.

« Ne vous inquiétez pas, jolie demoiselle. Cela vous sera désagréable, mais ce n'est qu'un moment à passer. Dans quelques instants, toute douleur vous deviendra désormais étrangère à tout jamais. Simplement, la potion agit sur votre gracieux corps et vous allez vous métamorphosez en une de ces si charmantes poupées, comme d'autres avant vous. N'était-ce pas là votre souhait le plus cher ?»

La noble le dévisagea sans mot dire. Un malaise la saisit, nuancée peut-être d'un sentiment de peur. Johann croyait vraiment à cette transformation magique ? N'était-ce pas qu'un jeu de séduction désespérée d'une amante éconduite, ce changement en poupée de porcelaine ? Et si c'était vrai, et si elle devenait vraiment une poupée à tout jamais comme il le prétendait ? Le désirait-elle ? Non, absolument pas. Pourquoi l'aurait-elle souhaité ? Elle n'avait même pas touché la moitié des promesses qui l'attendait. Le meilleur était à venir. Pourquoi diable aurait-elle vraiment souhaité mourir ? Ou pire encore : demeurer immobile pour l'éternité, sans aucune chance de communiquer avec ceux qu'elle chérissait, sans pouvoir tenter l'impossible pour l'éblouir, sans avoir la possibilité de devenir une grande dame au destin que beaucoup lui promettait digne de jalousie tant il semblait se peindre de manière radieuse ?

Mais comme beaucoup d'autres avant elle, Meredith réalisait l'étendue de son erreur et de son inconscience au moment où, précautionneusement, l'homme la prenait dans ses bras pour la poser devant la vitrine et lui embrassait le front avec douceur, avant de poser un petit carton où le prix était indiqué...
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# Posté le jeudi 15 mai 2008 18:11

Battlefield

Battlefield
Battlefield

Je n'en peux plus.

Cette guerre interminable est tout ce que je vois, tout ce que j'entends, tout ce que je vis. Je ne la ressens pas. Je ne la ressens plus. La fatigue engourdit les sens que la peur avait exacerbés au début de cette catastrophe. Elle qui s'est abattue sur nous sans prévenir... Un champ de feu morbide se dresse à perte de vue. Il n'y a que du béton des anciens bâtiments détruits, les tiges de métal qui les composaient autour de moi et des vestiges ci et là des âmes trépassées. Le spectacle des corps mutilés dévorés par les insectes est désormais fermement ancré à mon lugubre quotidien. D'abord, les cadavres sanglants et mutilés des étrangers étendus là et là, puis, peu à peu, ce fut ceux de mes connaissances, de mes amis, et même de ma famille qui s'offrit à mes yeux terrifiés. Plus maintenant.

Je suis toute seule. Je n'ai plus personne... Je n'ai plus à craindre de découvrir le corps d'un de mes proches. Je suis toute seule ! Abandonnée de tous ceux que j'aimais et horriblement quittée de ceux qui m'aimaient. Laissée à la main cruelle de mon propre destin, je me terre au fond de ma cachette, dans les ruines d'une ancienne église où j'allais avec papa et maman, autrefois. Ça pue. Comme partout, maintenant, en fait. Il flotte une odeur étourdissante de charogne, de mort. Le parfum nauséabond de la chair brûlée et des cadavres en décomposition en puissance est partout. Même si je me pince le nez, rien à faire ! L'oxygène lui-même est empoisonné de cette malsaine exhalation. Moi qui aie toujours eu le c½ur fragile, tout cela m'indiffère dorénavant.

À ce rythme difficile, je ne sais pas combien de temps encore je saurai tenir bon. Mais aie-je encore vraiment envie de vivre ? J'ai perdu tout ce à quoi je tenais. Les gens que j'ai aimés sont disparus quelque part dans ce champ de bataille, emportés par le sommeil de la mort. Mes rêves se sont consumés en même temps que ma réalité disparaissait. Pour vouloir vivre, il faut une raison. Je n'en ai plus. Je suis comme ceux les autres qui ont survécu, de tous temps : plus ou moins vivante à l'extérieur, morte au fond de mon être, avec nul désir de ressusciter. Seulement, certains, comme moi, n'ont pas la force d'en finir eux-mêmes avec cette situation difficile. J'ai peur de la mort. Pitoyable être dont l'existence médiocre s'étire dans une misérable extension constante de vie, j'ai peur !

J'en ai peur autant que je l'implore désespérément de venir me faucher. Je ne veux plus être oubliée... Je ne veux plus continuer seule. L'inconnu de la mort fait peur. Mais il attire. Plus on s'en approche, plus on frémit d'une angoisse entremêlée d'excitation extrême. Parce que tout peut changer. Parce que tout sera mieux ou pire qu'avant. C'est un pile ou face sans compassion qu'aucune prière ne permet d'influer.

Encore maintenant, je les entends tomber au loin, les bombes. Il n'y plus de cris ou de pleurs qui s'élèvent, cependant. Peut-être suis-je la dernière à persister à vivre ? Elles se rapprochent. Je les entends frapper le sol et anéantir ce qu'il y a auprès de leur objectif. Je serre ma peluche, dernier vestige d'une enfance brusquement dérobée, contre ma poitrine sans forme. Je protège ses oreilles sensibles de ce bruit atroce. Ce bruit sourd qui déchire nos nuits sans fin, il ne l'aime pas. Il l'effraie. Je m'y suis habituée.

Depuis longtemps, le soleil ne se montre plus. Ils l'ont cachés loin de nous, derrière une épaisse couverture de fumée d'un noir grisâtre de suie sans cesse renouvelée. Peut-être est-ce à cette fin qu'ils larguent des bombes dans ce champ de morts ? Si le soleil réapparaissait, la vie pourrait-elle reprendre ses droits ? L'être étiolée que je suis retrouverait-elle son innocence et sa joie, ainsi caressée par cette bienveillante et rassurante chaleur ? La nuit froide règne en maîtresse effroyable. J'ai peur du noir. Enfin, non, pas moi. Moi, plus rien ne me touche : je suis déjà morte. Mais mon ours a peur.

De plus en plus proche. Je sens battre le c½ur de mon ourson si fort... Ses battements s'accélèrent, mués par la panique grandissante. J'ai peur qu'il ne défaille. Je lui baise la tête, lui murmure de se calmer ; rien n'y fait. Il a peur. Il pleure. J'essuie ses larmes de mes joues meurtries et sales. Les bombes tombent tout près. Est-ce la fin de notre supplice ? Telle une réponse à mon questionnement, j'entends mon ourson hurler de douleur lorsqu'une explosion retentit proche de notre cachette et que nous sommes projetés sous la force de l'impact.

Ma peluche est couverte de sang. Ses blessures sont irréparables, surtout celles qui ont sauvagement frappées son coeur. La déflagration nous a envoyé rouler quelques mètres plus loin, directement dans un jardin de métal fondu et de béton en pièce. Ma peau blanche et pure, quant est-elle devenue si noire, sanglante et dégoûtante ? Je ne sais plus très bien. Le bruit provoqué lors de la détonation m'a assourdit. Les sons sont sans dessus dessous : trop fort, trop faible, lointain à mes pieds, intense à l'infini. Le calice de l'église, étonnamment intact à l'autre bout de ce squelette de fondation, brille. J'aperçois vaguement les flammes danser sur sa peau dorée. Mes membres et mes sens sont inutiles et sont presque un souvenir inaccessible. J'étire mon bras, si lourd et douloureux lorsque j'arrive à en prendre conscience pour atteindre mon ours déchiré.

Il pleure si fort. C'est insupportable. Il a tellement peur ! Mon ours souffre tellement... Il n'aurait jamais dû à avoir à vivre une telle chose. La réalité qui se réalise est si affreuse et difficile ! Mon ours pleure de douleur. Je pense me souvenir de quand on me l'a offert. Mais c'est confus. Il y a plusieurs années de ça. Ou peut-être ne s'est-il écoulé que quelques mois depuis? Je ne sais plus très bien... Ma mémoire est si embrouillée et le temps est devenue une notion tellement floue pour moi. C'est déroutant d'avoir perdu tous ses repères. De ne plus avoir Maman qui coiffe mes cheveux le matin avant les cours. De ne plus avoir Papa qui rentre tard, juste à l'heure pour baiser mon front avant que je n'aille au lit. De ne plus à obéir au son d'une cloche régulière et ennuyante.

Il n'y a plus que la sonnerie des bombes de nos assaillants qui sonnent l'heure fatale, régulièrement.

Peut-être cela ne fait-il que quelques jours, ou quelques semaines, finalement. Si je pouvais apprendre la date du jour ou de la nuit, je pourrais le dire avec précision, puisque tout ça a commencé la journée de mon anniversaire. J'étais impatiente de le fêter avec mes amis ! J'avais si hâte de pouvoir dire que j'étais enfin grande, du haut de mes dix ans ! Mais maintenant, je n'ai personne à qui le dire. Et l'âge, sur ce champ de ruines, n'importe plus. C'est la capacité de survie qui dicte tout.

Mon ours gémit faiblement. Il se meurt. Il meurt... La pluie coule sur mes joues. Je ne pleure pas. Mes larmes sont taries au fond de mon c½ur. Mais la tempête qui s'écoule de mes yeux refuse de s'interrompre depuis que mon ours s'est mis à pleurer. Ce n'est pas moi, c'est lui. Je ne ressens qu'un vide absolu, lui sait encore ressentir les émotions et la douleur dans leur intensité insoutenable. Il aurait mieux valu qu'il sache s'absoudre d'elles pour son propre bien. Comme je le fais. Plus rien ne me touche. Je n'ai peur de rien. Je n'ai ni froid, ni chaud. Je n'ai pas mal. Plus d'envies, sauf peut-être le désir de protéger ma peluche.

Mais c'est trop tard.

J'ai échoué.

Son sang est répandu partout autour de nous. Il s'écoule à flot de mes jambes, de mes bras, de mon ventre. Il faudrait que je retire les débris qui se trouvent sous celui-ci. Par contre, je m'en abstiens. Ou plutôt, j'en suis incapable. Un tel effort m'est impossible et réussir à le faire... m'achèverait, je crois. Des ruines aux pointes acérées se sont logées dans mon ventre et se dispute une place avec mes entrailles. Ma position inconfortable. J'observe la vie carmine qui coule de mon ours. Tout s'assombrit davantage à chaque seconde autour de nous, malgré les flammes qui s'avancent, menaçantes, brûlantes mais qui ne me réchauffent plus. Mon ours a froid, lui. Il gèle tellement. Je n'ai même plus la force de lui serrer la patte pour l'inciter à garder courage alors qu'il meurt enfin. Mais lui a la force de m'entraîner avec lui et de...

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# Posté le jeudi 15 mai 2008 18:19